« Leurs rythmes sont fascinants et hypnotiques, tissés de guitares blues d’Afrique du Nord, et de voix chatoyantes comme le feu. » Howe Gelb de Giant Sand, ayant invité Imarhan à jouer avec Steve Shelley de Sonic Youth au festival Aarhus Festuge au Danemark, en septembre 2015.

 

Avant tout, c’est l’histoire d’une bande de jeunes qui passent leurs soirées à torturer leurs guitares poussiéreuses et leurs amplis rafistolés après les cours. Cette histoire ressemble à celle de milliers d’autres groupes de rock à travers le monde, qui jouent leurs premiers riffs dans les lycées de New York ou dans les garages de Londres, sauf que cette fois, l’aventure débute dans les paysages arides du Sahara, à Tamanrasset, au sud de l’Algérie. En 2006, cinq jeunes Touaregs habitant le même quartier de Sersouf, s’égratignant les genoux sur les mêmes terrains de football, et fréquentant les mêmes salles de classes, commencent à se forger une réputation dans les fêtes sous le nom d’Imarhan. Le sourire aux lèvres, Eyadou Ag Leche de Tinariwen se souvient de son cousin Sadam, chanteur et compositeur d’Imarhan, lorsqu’il était marmot : le gamin lui volait déjà sa guitare pendant les réunions de famille à Tamanrasset. « Avec ses amis, ils sont comme mes petits frères, dit Eyadou. Ils étaient présents à chaque fois qu’on jouait à la maison, aux répétitions, dans tous les rassemblements… Dés que Tinariwen avait un concert dans la région, ils venaient avec nous. » Et Sadam, 24 ans aujourd’hui, se rappelle à son tour : « On a commencé vers 13 ans. Eyadou m’a acheté ma première guitare, et il a donné à mon ami Tahar sa première basse. Tinariwen, c’est notre racine, notre modèle, et on veut ramasser l’héritage qu’ils nous ont offert pour l’emmener plus loin. Notre rêve est de faire avancer la musique autant qu’ils l’ont fait. »

 

Les pistes du désert n’étant pas exactement des autoroutes vers le succès international, il leur a fallu une petite dizaine d’année pour affiner leur rock sableux et faire résonner leurs guitares électriques jusque de l’autre coté de la méditerranée. Branché et connecté sur les charts internationaux autant que sur les radios pop d’Algérie, ils incarnent avec panache cette troisième génération de rockeurs tamasheq en jeans et blouson de cuir. « Nous montons sur scène avec ou sans chèche, ça n’a pas vraiment d’importance. Il faut nous écouter avant de nous regarder. » Guitares brûlantes et inspirations fulgurantes, Imarhan fomente le nouveau son du désert. Après avoir triomphé aux dernières TransMusicales de Rennes, ces jeunes Touaregs signent un premier album qui fait entrer le rock tamasheq dans une autre dimension. Composé dans le désert, puis enregistré dans le confort d’un studio parisien, ce disque est donc réalisé par Eyadou Ag Leche, bassiste et compositeur de Tinariwen et Patrick Votan leur producteur. Logiquement, il n’est pas publié sur un label de « world music », mais dans le catalogue rock de City Slang (Caribou, Arcade Fire, Tindersticks). En onze chansons, il réussit l’alliage subtil entre la finesse du folk touareg acoustique et un rock puissamment amplifié. D’un coté, on admire l’élégance épurée des lignes d’horizons sahariennes (sur « Id Islegh » et « Alwak ») et de l’autre, on sent aussi l’énergie urbaine des métropoles modernes (sur le premier single « Tahabort », déjà playlisté sur FIP et sur okayplayer.com). Les chœurs harmonisent brillament le refrain pop de « Tarha Tadagh », et plusieurs guitares se superposent sur « Ibas Ichikkou ». Tout cela sans jamais dénaturer la vénusté de l’assouf, ni travestir l’identité touareg qui sédimente chacune de leurs chansons. Digne héritier d’une poésie nomade ancestrale, Imarhan versifie sur des thèmes universels : l’éphémérité des sentiments, la beauté et le respect de la nature… Le tout porté par un son folk-rock qui impressionne déjà leurs homologues occidentaux, et interprété avec une dévotion transcendant leur musique bien au-delà de la barrière de la langue. En tamasheq d’ailleurs, « Imarhan signifie ‘ceux qui nous veulent du bien’, reprend Howe Gelb de Giant Sand. Et je trouve qu’il y a une lumière réconfortante dans leur musique qui produit exactement cet effet. »

 

David Commeillas